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Rencontre Paulin Perbosc

De Réalmont à Montauban, deux grands poètes du XXème siècle…

Mon ami, je veux, ce soir et demain, finir l’année avec vous et vous la commencerez avec moi si la poste est fidèle. Heureuse, je le suis et si absolument que tous mes maux présents en sont abolis. J’étais encore couchée quand on m’a porté mon courrier. Je venais de passer une nuit diabolique, à soupirer, pleurer, souffrir, et, comme il arrive en pareil cas, tout ce que je peux avoir de rancunes contre la vie me remontait aux lèvres. Et cet éternel et enfantin « pourquoi ? » devant la douleur. Rien, pas même le creux de l’épaule de maman, mon dernier refuge, ne pouvait m’apaiser. Ces mouvements de désespoir sont très rares chez moi car j’étais façonnée pour le bonheur. Mais ils sont d’autant plus intenses quand ils me secouent. Et je suis trop chétive pour de tels orages : ils me laissent anéantie. J’en étais là quand votre mot est arrivé. Je ne parlerai pas de joie, ni de bonheur, parce que cela n’a pas de sens. Comment appeler cette plénitude devant un désir parfaitement réalisé ? Je dis parfaitement, c’est-à-dire ni plus, ni moins — exactement. Il faut vous dire que je n’ai jamais souffert dans ma vie que d’être trop, c’est-à-dire mal aimée. Je suis sauvage en dedans et tout m’effarouche : affections ou masculines ou féminines m’ont toujours encombrée. Je n’ai jamais été à l’unisson avec personne. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’orgueil. C’est que, réellement, je n’ai rencontré personne en qui je puisse me perdre et me retrouver. Et c’est toujours la même chose : quand on n’attend plus rien de la vie, alors elle vous donne ce qu’elle vous avait refusé.
Louisa Paulin - Réalmont - 30/12/37

 

Essayons de faire ensemble, non pas des chefs-d’œuvre, je ne connais pas de chef-d’œuvre parfait, mais ce que nous pourrons de mieux. Vous m’apparaissez comme un bon secours ; nous sommes deux, être seul ne suffit pas. Même quand on ne s’admire pas soi-même, on a besoin d’un redresseur de torts qu’on se pardonne. Des chefs-d’œuvre, ce sont vos lettres. Ça, je ne saurais le dire comme je le sens. Je pense vraiment que vous seule au monde… Et cela pour moi tout seul ! O bonheur ineffable ! Nous deux. C’est vous toute, le « chef-d’œuvre inconnu » que j’ai, dites-vous, créé. Bénédiction, adoration.
Antonin Perbosc - Montauban - 20/05/38

 

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